Expérience 05

Physarum

Des dizaines de milliers d'agents aveugles, sans mémoire, qui ne savent que déposer une trace et suivre celle des autres — et pourtant, un réseau de veines de transport s'auto-organise sous vos yeux, sans qu'aucun plan ne l'ait tracé.

Qu'est-ce que Physarum ?

Physarum polycephalum est une moisissure visqueuse unicellulaire connue pour résoudre des labyrinthes et approcher des réseaux de transport quasi optimaux — sans neurone ni cerveau. LifeLabs n'en simule pas la biologie : il reprend le modèle agent-based proposé par Jeff Jones (2010), une abstraction algorithmique du même comportement. Des dizaines de milliers d'agents évoluent sur une grille : chacun avance dans une direction (heading), dépose une trace de phéromones à l'endroit où il se trouve, puis échantillonne le champ de phéromones devant lui pour orienter son prochain pas — tourner vers la direction la plus marquée, ou en dévier légèrement au hasard sinon.

Le champ de phéromones que les agents déposent diffuse et s'estompe à chaque pas (decay), exactement comme le socle de LifeLabs le fait déjà pour Lenia ou Gray-Scott. Aucun agent ne connaît la position des autres, ne se souvient de son propre passé, ni ne perçoit la structure globale du réseau : chacun ne voit qu'un petit voisinage de la carte de phéromones partagée, et y répond par la même règle locale — avancer, déposer, sentir, tourner.

Pourquoi c'est de l'émergence — un réseau, pas un cerveau

Chez Lenia, l'émergence produit une forme mobile ; chez Gray-Scott, un motif spatial statique. Ici, elle produit un RÉSEAU : les traces individuelles, déposées et renforcées par le passage répété des agents, se rejoignent en filaments qui se ramifient, se relient entre eux, puis s'élaguent — les chemins peu empruntés s'évaporent, les chemins fréquentés s'épaississent et attirent davantage d'agents. C'est de la stigmergie : une coordination indirecte, où les agents communiquent uniquement en modifiant un environnement partagé que d'autres agents perçoivent ensuite, sans jamais échanger de message ni se voir.

Il n'y a ici ni carte du réseau final dans le code, ni agent chef d'orchestre : chaque individu applique une règle purement locale et identique, dépose-suis-tourne, à chaque pas de la simulation. Le mot « intelligence », parfois employé pour Physarum en biologie, est donc à manier avec précaution : il n'y a pas de cerveau qui planifie, seulement une règle locale répétée et un champ partagé qui accumule la mémoire collective du système — la structure qui en résulte n'est écrite nulle part, mais elle n'est pas non plus délibérée.

Piloter

Piloter le réseau

Une démo interactive tourne entièrement dans votre navigateur, en WebGPU : observez des dizaines de milliers d'agents tisser un réseau en direct, ajustez les paramètres de dépôt et de decay, ou peignez des obstacles pour voir le réseau se reconfigurer autour d'eux.

Ouvrir la démo interactive

Les signes vitaux mesurés

Chaque run enregistre cinq séries temporelles, calculées à intervalles réguliers pendant la simulation, qui servent de « signes vitaux » au réseau observé :

Contraste du réseau
l'écart-type du champ de phéromones rapporté à sa moyenne — quasi nul sur un champ diffus et uniforme, il grimpe quand des veines nettement plus chargées que le fond se détachent.
Couverture
la fraction de cellules dont la trace dépasse un seuil relatif à la moyenne du champ — la part de la grille occupée par les veines denses du réseau, plutôt que par le fond diffus.
Corrélation de voisinage
la corrélation entre chaque cellule et ses quatre voisines immédiates — proche de zéro pour un bruit spatial incohérent, elle grimpe quand les traces s'organisent en filaments continus plutôt qu'en points isolés.
Trace moyenne
la moyenne du champ de phéromones sur toute la grille — une valeur qui croît tant que les agents déposent plus qu'il ne s'évapore, puis se stabilise à l'équilibre dépôt/decay.
Entropie spatiale
l'entropie de Shannon de l'histogramme du champ de phéromones normalisé — élevée sur un champ diffus et désordonné, elle baisse quand la masse de phéromones se concentre dans un nombre restreint de veines bien définies.

Signes vitaux — dernier run

Contraste du réseau0.50
Couverture0.14
Corrélation de voisinage1.00
Trace moyenne45.0
Entropie spatiale2.25 bits

Résultats

Premier run public — 2 000 pas, 65 536 agents, graine 42. Le champ de piste part d'un grésil dense et quasi uniforme, puis se coarse : le contraste du réseau passe de ≈ 0,18 (pas 10) à ≈ 0,50 — près de trois fois plus —, la couverture se stabilise autour de 0,14 (réseau localisé, ni vide ni inondé) et la corrélation de voisinage atteint 0,999, signature de veines continues et non de bruit. Le classificateur range le résultat en « network ». Sur la vidéo, on voit un réseau réticulé, alvéolaire : des veines de piste qui se ramifient, se relient et se rebranchent lentement, sans jamais tout à fait se figer — émergé d'une règle purement locale (déposer, sentir, tourner) et d'un champ partagé qui s'évapore, sans aucun plan d'ensemble. La démo pilotable permet d'explorer les régimes en direct.